Arrête de rassurer trop tôt : pourquoi l’anamnèse n’est pas le bon moment
Il existe un moment, dans presque toutes les premières séances, où la tentation de rassurer surgit comme un réflexe de survie :
Le patient évoque un résultat d'IRM, un compte-rendu inquiétant, la phrase maladroite d’un autre soignant et le thérapeute que l'on est sent monter en lui l’envie urgente de dire quelque chose pour rassurer le patient.
Si l'intuition peut paraître bonne, l'action ne rassurer arrive bien souvent trop tôt.
Laisse moi le temps de t'expliquer...
La situation clinique qui piège presque tout le monde
Tu es en plein dans la première séance.
Le patient raconte ce qui l’amène, tout en déroulant le fil de son histoire.
Le patient te tend les imageries, tu les prends et tu les regardes avec un air sérieux.

Okay, donc maintenant, tu as les images et le compte-rendu entre les mains.
Le dialogue continue :
Patient : “Bof… j’aimerais bien que vous m’expliquiez.”
Et là, dans une impulsion irrépressible, le kiné s’avance et lâche, tout fier :
Kiné : “En fait, vous pouvez être rassuré… On sait que les imageries ne sont pas forcément corrélées avec les douleurs…”
STOP ❌
Il est beaucoup trop tôt dans la séance pour dire cela.
Pourquoi ce n'est pas le bon moment pour rassurer
Le problème n’est pas la rassurance en elle-même : elle est bien évidemment utile et souvent nécessaire.
Le problème c'est le moment où elle arrive.
L’anamnèse sert à recueillir des informations.
Point.
Elle n’a jamais été conçue pour mettre en place une interventions thérapeutique, modifier des croyances, ni restructurer la compréhension du patient.
Ce temps-là appartient à l’après : une fois l’examen clinique réalisé.
Tant que je n’ai pas réalisé mes tests, exploré la mobilité, identifier les mouvements douloureux, fais mon examen neuro,… tout ce que je dis est hypothétique.
Rassurer, c'est déjà une intervention thérapeutique.
Une tentative de modifier la perception de la personne, de réduire son inquiétude, d’influencer son vécu.
Et l’anamnèse n’est pas faite pour ça.
Cette scène est d'ailleurs tellement banale qu’elle pourrait presque passer inaperçue.
Et pourtant, si on la dissèque :
- le thérapeute n’a encore aucune donnée clinique
- il ne connaît pas la cohérence du tableau
- il n’a pas réalisé d'examen clinique
Autrement dit : il parle sans avoir examiné (et donc sans savoir).
Et ça, le patient peut d'ailleurs le sentir immédiatement.
Non pas comme un manque de compétence, mais comme une forme de décalage :
“Comment pouvez-vous me dire que ce n’est rien… alors que vous ne m'avez même pas examiné ?"
La réassurance prématurée peut donc fragiliser l'alliance alors que ce n'est que le début de la séance.

Ce qu’il faut faire à la place : recueillir et accueillir
Reprenons la scène.
À l’endroit exact où tu ressens que tu aimerais rassurer la personne, un autre chemin est possible :
Ici, on reste dans la phase d’écoute, on accueille le vécu, on recueille les représentations, sans les corriger.
Pendant l’anamnèse, l’objectif n’est pas “d’aider immédiatement”, mais de comprendre suffisamment pour aider efficacement ensuite.
Je prends le temps de questionner pour approfondir :
Qu'est-ce que la personne a compris ?
Quelles sont ses peurs ? Ses représentations ?
Qu'a-t-il besoin de savoir/comprendre pour aller mieux ?
C'est seulement plus tard, une fois l’examen réalisé, que tu pourras (le cas échéant) rassurer la personne.
Rassurer trop tôt, c’est se priver de la précision qui rend la rassurance crédible.
Pour résumer :
L'anamnèse peut servir une multitude de fonctions :
- écouter,
- valider le vécu,
- clarifier la chronologie des évènements,
- identifier les représentations du patient,
- comprendre les attentes,
- cartographier les peurs,
- commencer à construire l’alliance thérapeutique et plus encore...
- ...MAIS pas à rassurer !
On pourrait résumer tout cela en 3 phrases :
- Une anamnèse sert à récupérer des informations sur le patient pour mieux comprendre sa situation.
- Rassurer correspond déjà à une intervention thérapeutique en soi.
- Pour bien comprendre une personne tu as besoin au minimum d'une anamnèse et d'un examen clinique approfondie : à ce moment là tu pourras (le cas échéant) rassurer efficacement.
La punchline à retenir :
L'anamnèse correspond donc à un espace d’exploration, pas d'intervention.
Car rassurer avant d’avoir examiné, c’est rassurer à côté.

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