Référer chez un psychologue sans braquer le patient : LA méthode pour éviter les résistances
Il existe un sujet qui, pendant longtemps, m’a crispé avant même que la conversation ne commence : proposer un suivi psychologique à un patient.
Beaucoup de kinésithérapeutes connaissent ces situations de flottement où, au moment d’aborder la dimension psychologique de la douleur, ils sentent l’atmosphère devenir plus lourde.
Chaque mot que l'on émet doit être méticuleusement pesé, le regard du patient se modifie et la tension devient palpable.
En effet, on sait à quel point une phrase mal calibrée suffit à tout faire basculer (vers le mauvais côté 😅)
Du coup, à l’époque, je faisais comme beaucoup : j’attendais “le bon moment”.
Ce moment où le patient serait plus réceptif, moins sur la défensive, plus disponible...
⚠️ Spoiler alert ⚠️: il n’arrive jamais.
A l'époque, je me lançais gauchement et chaque fois que je tentais une entrée improvisée, je me retrouvais avec des retours de flamme de patient comme :
“Vous pensez que je suis fou ou quoi ?”
“Ma douleur est réelle, elle n’est pas psychologique.”
“Je suis venu pour mon dos, pas pour parler de ce que je ressens.”
Aujourd'hui, je suis totalement à l'aise avec les patients pour gérer ces situations et dans cet article je veux t'expliquer pas à pas comment t'y prendre toi aussi.
Il ne s'agira plus d'improviser mais d'agir en professionnel qui maîtrise la communication thérapeutique et qui sait exactement quelles sont les différentes étapes de dialogue à mettre en place.
1. L’erreur fréquente : être trop frontal
L’erreur la plus répandue consiste à introduire la proposition d'un suivi psychologique comme un changement de registre soudain.
On met les pieds dans le plat trop vite et trop frontalement.
Et même avec toute la douceur du monde, certaines formulations sont de véritables "interrupteurs émotionnels" :
« Je pense que votre douleur n’est plus vraiment physique »
« À ce stade, il serait bien de voir quelqu’un »
« Je pense que vous n'avez pas besoin d'un kiné mais d'un psychologue »
Ces phrases sont plus maladroites que malveillantes.
(Du moins, c'est ce que je veux croire)
Elles traduisent l’intuition juste qu’une prise en charge psychologique pourrait améliorer la situation mais du point de vue du patient, la scène se joue autrement.
L’effet est immédiat : le patient se protège.
Il argumente, se ferme ou redouble de justification pour restaurer une forme de contrôle (c'est ce que l'on appelle de la réactance psychologique).
Le cerveau entend une seule chose : “Il pense que c’est dans ma tête.”
Et là… c’est terminé.
Tu peux réexpliquer ce que tu veux derrière, l’alliance thérapeutique vient d'en prendre un coup.

2. Pourquoi ça bloque : une question de position relationnelle
Lorsqu’un thérapeute dit : « Je vous recommande de consulter un psychologue », il occupe (même brièvement) une position prescriptive.
Il évalue, il tranche, il oriente.
Le patient, lui, devient celui qui doit se plier à cette recommandation et s'y conformer.
Cette position prescriptive c'est ce que l'on appelle une position haute.
Elle n’est pas problématique en soi.
Elle est, par exemple, tout à fait appropriée lorsqu’il s’agit de de réaliser un examen clinique ou de répondre à une question posé par le patient.
Mais elle devient délicate lorsqu’elle n'a pas été "demandé" par le patient.
"Théo, ne réponds pas à des questions que l'on ne t'a pas posé..."
Le problème dans la situation où l'on aborde la question d'une prise en charge avec un psychologue est le suivant :
La proposition arrive brusquement, sans préparation, et surtout dans un cadre interactionnel où le thérapeute passe (sans le vouloir) en position haute.
Le patient perçoit souvent ce moment comme :
- un jugement sur sa personnalité,
- une mise en cause de ses efforts,
- ou un renvoi implicite de responsabilité.
Il se protège non pas contre la psychologue, mais contre ce que la proposition semble révéler sur lui.
Il cherche à sauvegarder son intégrité, sa cohérence, son statut de patient “légitime” (coucou à nouveau la réactance 👋🏻).
Ainsi, ce n’est pas le suivi psychologique qui est rejeté :
c’est la menace identitaire perçue dans la manière dont il est amené.
3. Comment amener le sujet du psychologie sans déclencher de résistance : LA méthode 📋
Pour éviter que la discussion ne se rigidifie, il va falloir que vous utilisiez habilement les différentes positions thérapeutiques.
L’objectif n’est pas de convaincre, mais de rendre la conversation possible.
Voici ma méthode 👇🏻
I. Commencer par reconnaître le vécu
Avant de proposer quoi que ce soit, il est essentiel d’exprimer une compréhension simple et factuelle du vécu du patient.
Le patient doit se sentir entendu et compris (par vous, et pour de vrai !)
Patient : "Ça fait 3 semaines que la douleur a augmenté et que j’en peux plus… Je suis resté au lit tout le week-end, j’étais vidé, démoralisé…"
Thérapeute (moi) : "Si je comprends bien, vos douleurs se sont intensifiées ces dernières semaines. Vous avez passé un week-end entier au lit, démoralisé."
Ici, le thérapeute a utilisé une position "égal à égal" pour valider les propos du patient.
Le but est de reprendre factuelle le propose du patient sans le déformer.
II. Ouvrir l'espace en position basse : la clé pour éviter la réactance
Ici je ne cherche pas à imposer ou orienter une quelconque réponse mais plutôt à mettre les différents éléments sous les yeux du patient et lui demander ce qu'il en pense.
Le but est de faire émerger chez la personne ses solutions propres (et non pas les nôtres !)
Je passe donc en position basse pour ouvrir la réflexion :
ou encore :
Dans la majeure partie des cas, le patient se rend compte spontanément qu'il a besoin d'un autre type de suivi que la kinésithérapie.
Et si il le souhaite, nous allons pouvoir continuer de discuter et je pourrais lui conseillez des contacts de psychologues si il en a besoin.
Dans cette étape, il faut retenir que le but est de NE JAMAIS forcer.
Juste d'ouvrir l’espace d’un choix.
💬 Et si le patient bloque ?
Il peut arriver que vous obteniez ce genre de réponse :
Je réponds simplement :
Ici, il n’y a plus d’affrontement.
Plus d’enjeu.
Plus de pression.
Tu viens de planter une graine et tu peux tranquillement laisser faire le temps...
Elle peut alors germer très vite, plus tard et parfois au moment où tu t’y attends le moins !
Alors souviens toi, que dans les moments sensibles, ce n’est pas une recommandation qui ouvre les portes, mais ta posture thérapeutique qui autorise le patient à y entrer.
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